L'art et votre cerveau: Pourquoi créer peut être difficile (et ce que cela dit de notre cerveau)

Je peins en autodidacte et avec le temps, j’ai compris (à mes dépens) que la difficulté de créer ne se situe pas à un seul endroit :)
La technique est exigeante, bien sûr, mais pas forcément pour les raisons que l’on imagine. Elle demande de la répétition, de revenir encore et encore sur les mêmes gestes, d’accepter de ne pas voir de progrès immédiat.
Et pour le cerveau, cela peut vite devenir (très) ennuyeux.
Mais ce n’est qu’une partie du défi.
Créer, c’est aussi faire des choix en permanence (et c'est un vrai challenge pour certains !) : choisir une couleur, un geste, une direction… sans jamais avoir de certitude. Et si je me trompe, et si c'est moche, et si on se moque de moi, et si et si et si ....
Et si le doute faisait partie intégrante du processus artistique
et non du problème ? .... Et si développer cette capacité à accepter l’incertitude pouvait aussi nous être bénéfique dans la vie quotidienne ?
Très vite, d'autres difficultés apparaissent quand on crée :
le jugement permanent
l’idée qu’il faudrait faire quelque chose d’utile
les voix du passé qui disent “ce n’est pas assez bien”
la comparaison constante - le compare and despair
Et pouvons-nous remarquer que nous transposons à notre vie quotidienne et à nos schémas, ces difficultés que nous rencontrons quand on crée ?
"Je ne suis pas assez patiente", "je ne dois pas me poser et me détendre = je dois être productive tout le temps", " je ne suis pas intelligente, comme le disait xyz", "ma soeur, elle a tout réussi"......
ET Oui, il y aura toujours quelqu’un de plus technique, plus reconnu, plus “impressionnant”.
Mais ce n’est pas là que ça se joue.
Ce qui compte, c’est l’histoire que l'on raconte. NOUS. Et souvent dans les histoires familiales, nous n'avons pas eu le droit à la parole, la place pour s'exprimer, voire exister. Alors, créer à partir de rien, c'est impressionnant et désarmant au départ. Et cela en dit long sur notre capacité à prendre la parole, à se positionner, à revendiquer sa place dans ce monde et s’autoriser à exister et à vivre avec joie, simplement parce que nous sommes nés, sans condition et sans justification, simplement parce que nous sommes là.
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On nous a souvent appris qu’il existerait un “bon” et un “mauvais” art.
*Le cerveau humain aime (a besoin) à outrance de tout mettre dans des cases.
et qu’il faudrait comprendre une œuvre selon des codes précis de l'artiste, validés par des institutions.
Certaines académies ont largement contribué à définir ce que l’art “devrait être”, en posant des règles, des normes, des attentes, et souvent, à réduire un espace qui, à l’origine, est libre. Cela ressemble fortement à la façon dont nous pouvons définir nos vies..
Pourtant, de nombreux artistes majeurs ont été autodidactes ou ont pris leurs distances avec ces cadres :
Vincent van Gogh
Jean-Michel Basquiat
Frida Kahlo ...
Ils n’ont pas attendu d’avoir “le bon niveau” ou “la bonne validation” pour créer.
Ce que dit le cerveau
Ces difficultés ne sont pas un manque de motivation ou de talent.
Elles sont en grande partie liées à la façon dont notre cerveau fonctionne.
Le cerveau aime :
ce qui est rapide
prévisible
immédiatement gratifiant
Or, créer demande exactement l’inverse :
de ralentir
de tolérer l’incertitude
d’accepter de ne pas réussir du premier coup
Par exemple, des études montrent que l’apprentissage par répétition active des circuits qui demandent du temps avant de produire une sensation de récompense.
À l’inverse, la nouveauté et la comparaison sociale peuvent activer des circuits liés à l’évaluation et au jugement, ce qui peut freiner le passage à l’action.
C’est pour cela que :
commencer est difficile
continuer l’est parfois encore plus
et se comparer peut complètement bloquer
Pourquoi cela compte ?
Car comprendre cela change votre perception à vous-même.
Ce n’est pas que vous “n’y arrivez pas”. C’est que votre cerveau réagit exactement comme il est censé le faire. Merci cerveau, je sais que tu veux mon bien, mais lâche moi le pinceau ! Bisou
Créer, ce n’est pas aller contre soi. C’est apprendre à fonctionner différemment avec ce qui est déjà là et observer la progression avec bienveillance.
En pratique
On peut observer ces mécanismes - de défenses ? (et désespérants aux premiers abords) très simplement :
repousser le moment de commencer
abandonner après quelques minutes
se dire que ce n’est “pas assez bien”
comparer son travail à celui des autres
Ces réactions sont normales.
Et elles peuvent s’atténuer, progressivement, avec l’expérience.
Dans la création comme dans votre vie, n'écoutez pas vos pensées (celles qui ne vous servent pas), et si votre cerveau vous ordonne d'abandonner (pour vous protéger de l'échec) encouragez-le, comme un petit enfant qui apprend à marcher, il a besoin d'être encouragé encore et encore avec douceur et bienveillance.
Bonne création, vous n'avez rien à perdre et tout à créer.
Et n'hésitez pas à vous joindre aux ateliers de création en ligne, que je propose à tarif libre ou gratuits. :)
Livres sur l’art et le cerveau in English

"Your Brain on Art" – Susan Magsamen & Ivy RossLe livre de référence actuel. Il montre comment les activités artistiques (peindre, dessiner, écouter de la musique…) influencent le cerveau, le stress et le bien-être.
"This Is Your Brain on Music" – Daniel J. LevitinExplique comment le cerveau traite la musique et pourquoi elle déclenche des émotions aussi fortes.
"Musicophilia" – Oliver SacksDes cas cliniques fascinants qui montrent comment la musique agit directement sur le cerveau, parfois de manière spectaculaire.
"The Tell-Tale Brain" – V. S. RamachandranAborde la créativité, la perception artistique et les mécanismes neurologiques derrière notre expérience de l’art.
"Inner Vision: An Exploration of Art and the Brain" – Semir ZekiUn des fondateurs de la neuroesthétique. Ce livre explore comment le cerveau perçoit la beauté et l’art visuel.

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